LA RIVE GAUCHE DU NOUN : DÉFIS DE LA PAIX ET DU VIVRE ENSEMBLE

La rive gauche du Noun est marquée depuis ces années par des conflits violents et des revendications liées à l’accès aux ressources naturelles. Les populations camerounaises qui y vivent sont majoritairement venus de la rive droite du fleuve du même nom (Grand Mifi). Selon les témoignages et les documents recueillis, le peuplement de cette partie du territoire du département du Noun date des années 1915 à 1930. Il s’est fait à la faveur de la construction des ponts sur le Noun, par les colons allemands, puis Français, qui ont mis à contribution les chefs des villages afin de pourvoir en hommes les chantiers. C’est ainsi que des bras sont constitués par villages, et sont acheminés sur les sites des chantiers. Parmi ces hommes sont désignés des chefs de communauté, interlocuteurs de l’administration coloniale. Ces ressortissants sont restés sur la rive gauche, au terme du chantier, avec l’accord du Roi Njoya, pour se consacrer aux travaux agricoles.

Après environ 70 années marquées par une amitié profonde et une cohabitation pacifique entre les peuples des deux rives du Noun, des voix s’élèvent, pour revendiquer la paternité sur ces terres.

Des violences à répétition sont régulièrement signalés dans la zone avec mort d’hommes, ajouté la manipulation et la surenchère politique. Toutes choses qui indiquent que la rive gauche du Noun est devenue une zone à fort potentiel de conflits.

En 2013, l’actualité à l’Ouest Cameroun reste marquée par l’assassinat du jeune Mamouda le 15 Avril 2013 dans la commune de Foumbot, au lieu-dit Rive Gauche du Noun, et la mort d’un autre jeune, succombé aux blessures reçus lors du même affrontement, quelques jours après. De bonne source, ces morts, les énièmes du genre, sont la conséquence d’une lutte d’intérêts et de positionnement entre les communautés Bamoum et Bamiléké sur ces terres fertiles. En effet, ces deux communautés revendiquent la propriété et l’ordre de préséance sur ces terres, par endroits cultivées jadis par les colons et abandonnées aux « indigènes » sans mesures d’accompagnements.

Le défi majeur qui interpelle l’ensemble des populations, acteurs politiques administratifs, autorités traditionnelles et religieuses, leaders économiques, au regard de la situation ambiante dans la rive gauche reste la paix entre les ethnies, les religions et les partis politiques.

Ces défis impliquent une communication structurée sur la géopolitique dans la rive gauche, les modes de peuplement, les actes administratifs qui ont gouvernés l’organisation de la vie dans la zone, les rôles des acteurs clés, la place et les responsabilités de l’Etat dans la situation actuelle et les solutions possibles. Toute chose qui permettra l’instauration d’un environnement de confiance partagé de tous et un minimum de concessions mutuelles nécessaires à une paix sociale durable.

Fort de ce qui précède, et convaincu que la paix est un bien partagé, les organisations de la société civile nationale et internationales, le Service Civile pour la Paix ont conduit une recherche action sur la rive gauche du Noun, pour comprendre ce qui se passe. Au terme de la recherche, le constat suivant est fait :

Il existe un conflit d’allégeance et foncier instrumentalisé sous forme ethnique par les politiciens, renchérit par les spéculateurs (vendeurs et acheteurs) avec un chevauchement du droit traditionnel et moderne.

Les conséquences sont les suivantes :

  • Des conflits ouverts permanents avec mort d’hommes, entre utilisateurs originaires des communautés Bamoum et Bamiléké ;
  • Des destructions régulières et systématiques des cultures des populations locales, soit par les Bamoum et ou Bamiléké, parfois sous les ordres de leurs chefs respectifs ;
  • Des règlements de comptes, entre les chefs de la rive gauche et les Mutjus (gardiens des terres du roi) ;
  • L’exacerbation de la fibre tribale à des fins égoïstes et privées, par les deux communautés ;
  • Le développement de l’insécurité dans la zone, à travers les agressions ;
  • La revendication par plusieurs ethnies via leurs chefs traditionnels respectifs de la propriété de cette parcelle de terre ;
  • Les prises de position par les chefs et élites politiques administratifs et économiques ;

Mue par la volonté de contribuer à bâtir une paix durable dans la zone, AJPCEDES en collaboration avec le CIPCRE, le Zenu Network, la Ligue des Droits et Liberté (LDL) et le Service Civile pour la Paix (SCP Cameroun), a entreprit de collecter les informations sur l’histoire de la rive gauche du Noun, afin d’analyser et comprendre ce qui se passe réellement dans cette partie du territoire national. Ce travail a duré deux mois et a abouti à la chronologie des événements (voir annexe1). Cette chronologie est accompagnée par la présentation de la commune et Foumbot ainsi que la rive gauche pour une meilleure connaissance de la zone (annexe 2).

Notre souhait est de restituer ce travail a l’ensemble des acteurs clés, afin qu’ils puisent des éléments utiles à nourrir le dialogue, indispensable à une paix durable. Par la suite, AJPCEDES, ensemble avec les autres organisations impliques dans notre recherche, et prêt d’accompagner les acteurs clés dans un processus (facilitation médiation) qui vise une résolution durable de ces conflits.